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Matériaux stratégiques : les nouveaux piliers de l'économie mondiale
information fournie par Zonebourse 25/09/2026 à 11:09
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Lors d'une rencontre organisée hier matin dans ses locaux parisiens, la banque privée suisse J. Safra Sarasin est revenue devant les journalistes et Zonebourse.com sur la dynamique structurante des matériaux stratégiques. Dans un environnement géopolitique actuellement très délétère, le gestionnaire helvétique a mis en évidence la solidité des performances observées dans les matières premières et des métaux industriels, portées par la transition énergétique et les besoins gigantesques du marché de l'intelligence artificielle (IA) en infrastructures électriques.

Cet échange d'1h05 s'est déroulé à un moment clé pour J. Safra Sarasin : le deuxième anniversaire de son fonds JSS Sustainable Equity - Strategic Materials. L'occasion pour les gérants de la société suisse de dresser un bilan de ses performances et de détailler leur grille d'analyse contracyclique, notamment appliquée aux perspectives du cours de l'or.

Qu'appelle-t-on exactement matériaux stratégiques ?

Avant de se pencher sur ces thèmes évoqués lors de cette rencontre, pour comprendre l'engouement des marchés financiers, il convient au préalable de définir le cadre réglementaire de ces ressources. Un règlement européen publié en 2024 recense 34 minerais et métaux dits "critiques". Parmi eux, 17 sont classés comme "stratégiques" en raison de leur rôle névralgique dans les secteurs de l'aéronautique, la défense, ainsi que dans les transitions écologique et numérique.

Alors que la demande globale en minerais critiques devrait au moins être multipliée par 2 d'ici 2050, l'offre sur ces 17 matières stratégiques s'annonce déficitaire. Ce déséquilibre s'explique par une forte accélération de la demande conjuguée à la complexité des exigences de production (limitation de l'offre).

La liste des 17 matières premières stratégiques de l'UE :

- Aluminium / Bauxite / Alumine : indispensables à l'allègement des transports et à l'aérospatial.

- Bismuth : utilisé dans les alliages à bas point de fusion et la métallurgie de spécialité.

- Bore : essentiel pour certains aimants permanents et verres techniques.

- Cobalt : composant majeur des batteries de véhicules électriques.

- Cuivre : le métal de l'électrification par excellence (réseaux, câblages).

- Gallium : crucial pour les semi-conducteurs, les puces et les LED.

- Germanium : indispensable à la fibre optique et aux technologies infrarouges.

- Graphite naturel : matériau d'anode des batteries Li-ion.

- Lithium : coeur de la technologie des batteries électriques.

- Magnésium métal : utilisé pour les alliages d'aluminium ultra-légers.

- Manganèse : indispensable à l'acier et aux chimies de batteries.

- Nickel (qualité cathode) : dédié aux batteries haute densité.

- Métaux du groupe du platine (MGP) : pour les électrolyseurs à hydrogène vert et les catalyseurs.

- Silicium métal : nécessaire aux panneaux photovoltaïques et puces électroniques.

- Terres rares pour aimants (néodyme, dysprosium, praséodyme, terbium) : pour moteurs électriques et éoliennes.

- Titane métal : stratégique pour l'aéronautique et la défense.

- Tungstène : utilisé dans les outils industriels de coupe et les alliages haute température.

Du siècle du pétrole à l'ère des métaux : la fin d'un paradigme

Au-delà de la classification réglementaire, c'est une véritable rupture macroéconomique qui s'opère sur les marchés. Comme le souligne Joran Mambir, spécialiste des produits d'investissement chez J. Safra Sarasin : "Le 20e siècle a été celui du pétrole, pierre angulaire de l'économie. Ce rôle est désormais contesté par les matériaux stratégiques, qui s'imposent comme les éléments centraux de nos économies. A ce changement de paradigme s'ajoute un nouveau régime d'inflation qui va durablement favoriser ces ressources."

Cette transition s'inscrit dans un contexte macroéconomique sous tension, marqué par trois facteurs majeurs :- Des tensions géopolitiques persistantes : les incertitudes au Moyen-Orient et en Europe de l'Est maintiennent la volatilité des marchés énergétiques.- Des taux d'intérêt durablement plus élevés : les rendements obligataires à 10 et 30 ans américains restent sous pression autour des 5%.- Un changement de régime d'inflation : contrairement à la période post-2008 où l'inflation demeurait sous 2%, l'ère post-Covid est caractérisée par une inflation structurelle plus forte. Dans ce contexte, les métaux industriels se démarquent.

Joran Mambir observe également une accélération de la thématique avec un news flow de plus en plus dense. Sur les deux dernières années, les initiatives se sont multipliées : durcissement des barrières douanières aux États-Unis, mise en place en Europe dès 2026 du Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) pour protéger les industries locales, et utilisation par la Chine de sa position hégémonique sur les terres rares comme levier dans les négociations géopolitiques.

Tensions géopolitiques et transition énergétique : des catalyseurs puissants

La discussion s'est poursuivie avec une question sur la solidité des performances observées sur les matières premières et les métaux industriels entre juillet 2023 et juillet 2026 (progression de 23% pour l'indice Bloomberg Commodity Index*, 17% pour les métaux industriels et 86% pour les métaux précieux - source : J.Safra Sarasin-Bloomberg).

Répondant à Zonebourse.com, sur ces performances observées, Asad Farid (lead portfolio manager du fonds Strategic Materials chez J. Safra Sarasin) explique les raisons pour lesquelles les tensions géopolitiques actuelles (guerre Ukraine-Russie/ USA-Iran) constituent le moteur principal de cette dynamique : "Quand on regarde les métaux industriels, et particulièrement les métaux de l'électrification, nous pensons qu'ils sont susceptibles de bien se comporter en période de forte volatilité du pétrole. Lorsque la guerre entre l'Ukraine et la Russie a éclaté, cela a entraîné un plus que doublement des investissements dans les réseaux électriques (grid cap investments), ce qui demande énormément de cuivre et d'aluminium. Si l'on compare l'évolution du cours du pétrole et les ventes de voitures électriques sur les dix dernières années, on constate qu'à chaque hausse du pétrole, les ventes de véhicules électriques augmentent. Cette année, en France, au Royaume-Uni et dans la plupart des pays européens, ces ventes sont en hausse. Or, les voitures électriques consomment beaucoup de lithium, de cuivre et d'aluminium. Les crises actuelles et passées qui créent de la volatilité sur le pétrole sont donc un facteur positif pour les métaux de l'électrification, tout comme pour les fabricants de batteries comme CATL."

Concernant l'incertitude géopolitique et les métaux précieux, la relation est un peu plus mitigée, souligne le gérant : "Lorsque la crise au Moyen-Orient a débuté, le cours de l'or a en réalité commencé à baisser au 2e trimestre, ce qui a surpris. Habituellement, les métaux précieux performent bien en période d'incertitude, mais au 2e trimestre, les gouvernements du Golfe ont dû vendre une partie de leurs réserves d'or pour faire face à des pressions budgétaires. Structurellement, une incertitude géopolitique prolongée devrait soutenir les métaux précieux. Les banques centrales, comme la PBOC en Chine, pourraient continuer d'acheter de l'or pour diversifier leurs réserves plutôt que d'acheter uniquement des bons du Trésor américain (U.S. treasuries). Ainsi, la hausse des risques géopolitiques et de l'incertitude est, à long terme, favorable à la fois aux métaux de l'électrification et aux métaux précieux."

L'IA : un ogre gourmand en infrastructures électriques

Au cours de cet échange, la question des besoins gigantesques du secteur de l'intelligence artificielle en infrastructures électriques a ensuite été abordée. Si la transition énergétique constitue le socle de la demande, l'explosion de l'IA s'impose désormais comme le second moteur de croissance pour le secteur. Contrairement aux idées reçues, le développement de l'IA n'est pas uniquement une question de logiciels ou de processeurs : il dépend entièrement de la capacité du réseau électrique à alimenter les data centers. Joran Mambir met en perspective les montants colossaux investis : "S'agissant de l'IA, si la question de la pérennité des capex et de la circularité des investissements préoccupe, rappelons qu'en 2025, les capex des hyperscalers américains s'élevaient à 400 milliards de dollars. C'était cinq fois moins que les montants investis dans les énergies propres. Les opportunités d'investissement y sont donc significatives. Il n'en reste pas moins que l'IA constitue un moteur majeur de la demande pour les métaux. L'IA et l'extension des capacités des centres de données sont indissociables des enjeux électriques".

"Dans ses rapports trimestriels, Microsoft exprime l'ajout de ses capacités en gigawatts et non en puissance de calcul. La raison est simple : l'électricité représente l'un des principaux goulets d'étranglement de l'IA. Or, pour l'acheminer jusqu'aux centres de données, il faut des infrastructures électriques construites avec du cuivre ou de l'aluminium. Cette demande d'électricité pour les centres de données est ainsi clairement orientée à la hausse : plus on dépense pour les construire, plus le besoin en électricité augmente", précise l'expert.

Sur le sujet de l'IA, Asad Farid apporte aussi son analyse sur le sujet : "L'examen de l'ensemble des modèles d'intelligence artificielle (qu'ils soient chinois ou occidentaux, ouverts ou fermés) montre que leur développement nécessite toujours la même quantité de métaux, qu'il s'agisse de cuivre, d'aluminium ou d'autres ressources. En effet, chaque mégawatt de centre de données construit requiert 100 tonnes de cuivre et 60 tonnes d'aluminium. Cette année, 15 gigawatts de capacité sont en cours de construction, un chiffre qui doublera d'ici 2030 pour atteindre 30 gigawatts.

"Dès aujourd'hui, les centres de données dédiés à l'IA et le renforcement des réseaux électriques nécessaires absorbent 4% de la demande mondiale de cuivre, un niveau non négligeable, tandis que l'aluminium y consacre déjà environ 1%. Quelle que soit la technologie retenue, chinoise ou occidentale, le recours à ces métaux critiques devrait rester important", détaille-t-il.

Métaux précieux et or : la diversification structurelle des banques centrales

Interrogé sur les perspectives du cours de l'or et des métaux précieux, Asad Farid met en garde contre les prédictions de prix à court terme pour se concentrer sur les fondamentaux de l'offre et de la demande. "Nous n'avons pas pour objectif de prédire le prix exact des matières premières ; nous analysons les fondamentaux de l'offre et de la demande. Lorsque ces deux éléments présentent des tensions à court et moyen terme, les prix s'orientent naturellement à la hausse. Quant à savoir jusqu'à quel niveau précis ils monteront, nul ne peut le prédire."

Selon le gérant, l'or bénéficie d'une configuration très favorable sur le long terme, portée par l'évolution de ses acheteurs : "La demande d'or est désormais portée par l'Asie (banques centrales asiatiques, acheteurs de joaillerie en Inde et en Chine, flux d'ETF locaux) et non plus par les investisseurs européens ou suisses. Par conséquent, même si les taux d'intérêt progressent aux Etats-Unis, les acheteurs asiatiques y sont peu sensibles. La Banque centrale chinoise ne réorientera pas ses achats vers les bons du Trésor américain sous le seul prétexte de leurs rendements ; la dynamique de diversification de ses réserves de change va se poursuivre. Ainsi, bien que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient puissent ponctuellement générer des volatilités à court terme, je pense que nous avons atteint un point bas. Du point de vue de l'offre et de la demande, les perspectives demeurent très favorables. Enfin, au sein de l'univers des métaux précieux, si l'or poursuit sa bonne trajectoire, les métaux secondaires comme l'argent pourraient s'inscrire dans son sillage."

Focus sur le fonds JSS Sustainable Equity - Strategic Materials

En conclusion de cet échange, la banque J. Safra Sarasin a dressé le bilan de son véhicule d'investissement dédié, le fonds JSS Sustainable Equity - Strategic Materials.

Lancé il y a deux ans pour capter la demande liée à la transition énergétique, aux technologies/IA et à la souveraineté industrielle, le fonds affiche un bilan très solide porté par la dynamique favorable du secteur.

Depuis sa création, le fonds enregistre une performance cumulée de 60%, avec 57% en 2025, suivie d'une progression de 20% en 2026.

Aujourd'hui fort de 200 MUSD d'encours, le véhicule est accessible tant aux investisseurs institutionnels qu'à la clientèle retail, tout en poursuivant son référencement sur les principales plateformes d'assurance-vie.

Sur le plan extra-financier, la stratégie se distingue également en décrochant la note maximale de 5 globes de durabilité Morningstar.

Il s'agit d'un fonds d'investissement en actions internationales axé sur la thématique des matériaux stratégiques et des matières premières critiques.

Il a pour objectif de capter la croissance liée à la forte demande globale pour les métaux indispensables aux trois grandes révolutions actuelles :

- La transition énergétique : métaux nécessaires pour fabriquer les réseaux électriques, éoliennes, panneaux solaires et batteries (cuivre, aluminium, lithium).

- L'intelligence artificielle et les technologies : métaux utilisés pour construire les data centers, alimenter les processeurs de pointe et fabriquer les semi-conducteurs de nouvelle génération (cuivre, aluminium, terres rares, indium, molybdène, tungstène).

- La souveraineté et la défense : métaux dont la chaîne d'approvisionnement est sous tension ou dominée par des puissances comme la Chine.

* Bloomberg Commodity Index regroupe une vingtaine de matières premières réparties en 6 grands secteurs :

- Energie : pétrole brut (Brent et WTI), gaz naturel, gazole, essence.

- Métaux précieux : or, argent.

- Métaux industriels : cuivre, aluminium, zinc, nickel, plomb.

- Céréales (Grains) : maïs, soja, blé.

- Produits "Softs" (agricoles) : Sucre, café, cacao, coton.

- Elevage (Livestock) : bétail sur pied, porc maigre.

Asad Farid - lead portfolio manager, strategic materials fund - J.Safra Sarasin

Joran Mambir - spécialiste des produits d'investissement - stratégies thématiques, régionales et de dividendes - J.Safra Sarasin

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